Le commentaire sur la votation populaire du 27 septembre 2026


«Le progrès ne consiste pas en l’amélioration de ce qui a été, mais à avancer vers ce qui sera.» Khalil Gibran

Deux perspectives sur une même votation

 

Chères personnes intéressées par nos commentaires politiques respectifs,

À l’occasion de cette votation, nous publions pour la première fois deux commentaires issus de cercles différents d’Intégrale Politique :

 

Les deux contributions mettent l’accent sur des aspects différents, ouvrent des perspectives diverses sur le même objet de votation et aboutissent à des appréciations et des recommandations distinctes. Nous choisissons délibérément de les présenter côte à côte et vous invitons à prendre connaissance de ces différents points de vue afin de vous faire votre propre opinion.

Ces perspectives différentes rendent également visibles, de manière significative, des divergences dans notre orientation commune ainsi que dans les approches et visions qui la sous-tendent. Ces différences sont reconnues et constituent un point de départ pour un processus d’orientation au cours duquel elles pourront être approfondies, accueillies et mises en mouvement.

L’espace de commentaires commun offre une place pour les résonances, les questions, les compléments et les désaccords, dans un esprit d’échange ouvert et respectueux.

Les deux commentaires ont été élaborés sous la responsabilité de leurs cercles respectifs et ne constituent pas une position globale d’Intégrale Politique Suisse.

Les thèmes de vote suivants sont proposés au niveau national.

  1. Initiative populaire «Sauvegarder la neutralité suisse (initiative sur la neutralité)»

 

  1. Initiative populaire «Pour une alimentation sûre – grâce au renforcement d’une production nationale durable, en favorisant davantage les aliments d’origine végétale et en garantissant une eau potable propre (initiative pour l’alimentation)»

Commentaire du cercle

« Commission politique »

Déclaration sur la procédure et l’objectif du commentaire politique

Le commentaire politique de PI Suisse est la conclusion d’un processus qui aide à définir des positions intégrales pour les textes soumis à la votation fédérale. Il y est déterminé si un texte représente un pas vers une vision d’une société intégrale, c’est-à-dire fournit une contribution à la transformation de la société, ou si la demande n’est qu’une variante de l’existant qui ne fait que tourner en rond. Le Conseil politique de PI Suisse porte un jugement sur les textes.

Le résultat de ce processus de réflexion est l’aboutissement d’un état des lieux de la situation actuelle et se traduit par une recommandation de vote intégrale sur la base d’arguments concrets.

L’ objectif du commentaire est d’inciter les lecteurs à mener des réflexions similaires, axées sur une vision, afin de tirer leurs propres conclusions. Le but d’une position intégrale n’est pas d’avoir raison, mais de guider les personnes vers une conscience plus éclairée.

Ont participé en tant qu’invités :Kathrin Schelker, Michael Müller, Pascal Furrer, Pierrot Hans, Remy Holenstein und Tizian Frey.

1 – Initiative populaire «Sauvegarder la neutralité suisse (initiative sur la neutralité)»

 

Objet de l’initiative:

Texte de l’initiative: La Constitution Suisse est complétée comme suit:

Art. 54a Neutralité suisse

1 La Suisse est neutre. Sa neutralité est perpétuelle et armée.

2 La Suisse ne doit adhérer à aucune alliance militaire ou défensive. Une coopération est toutefois possible, mais uniquement en cas d’attaque militaire directe contre la Suisse ou en cas d’actes préparatoires à une telle attaque.

3 La Suisse ne doit en outre pas participer aux conflits militaires entre États tiers ni prendre de mesures coercitives non militaires contre un État belligérant. Sont réservées ses obligations envers l’Organisation des Nations unies (ONU) ainsi que des mesures visant à éviter le contournement des mesures coercitives non militaires prises par d’autres États.

4 La Suisse fait usage de sa neutralité perpétuelle pour prévenir et résoudre les conflits, et elle met à disposition ses services en qualité de médiatrice.

(Jusqu’à présent, la neutralité est mentionnée dans deux articles de la Constitution, parmi d’autres critères: Art. 173a/185)

 

Texte officiel du projet soumis au vote:

L’initiative vise une pratique plus stricte en matière de neutralité. Elle veut inscrire dans la Constitution que la neutralité suisse est perpétuelle et armée. La Suisse ne doit adhérer à aucune alliance militaire ou défensive ni coopérer avec une telle alliance. Une coopération est toutefois possible, mais uniquement en cas d’attaque militaire contre le pays ou en cas d’actes préparatoires à une telle attaque. La Suisse ne doit en outre pas participer aux conflits militaires entre États tiers ni prendre de sanctions contre un État belligérant, sous réserve des sanctions des Nations Unies (ONU) et des mesures visant à éviter le contournement de sanctions. Enfin, la Suisse doit utiliser sa neutralité à des fins de médiation.

 

Contexte de l’initiative et du vote                          

(Correction nécessaire en raison de l’évolution historique)

La neutralité fait partie de la tradition suisse et elle est garantie pour la Suisse par le droit international. Elle garantit le non-alignement depuis 1815 (entre les centres de pouvoir de l’époque à Vienne et à Paris) dans le but de maintenir la Suisse à l’écart des jeux de pouvoir des grandes puissances qui l’entourent et, dans le même temps, de faire appel à elle pour des services de médiation et des services généraux, notamment humanitaires, dans l’intérêt de tous.

La neutralité a été un facteur qui a largement contribué à ce que la Suisse puisse rester à l’écart des grandes «guerres mondiales» pendant plusieurs générations, et ce grâce à une reconnaissance mutuelle et à des intérêts communs de toutes les parties.

Actuellement, la Suisse se trouve dans une situation de pression, car ses principaux partenaires commerciaux en Europe et aux États-Unis se sont alliés contre la Russie en invoquant l’attaque contraire au droit international contre l’Ukraine, et poursuivent de manière plus ou moins manifeste d’éventuels préparatifs de guerre contre la Russie. Dans ce contexte, l’UE, l’OTAN et les États-Unis (sous le titre trompeur d’«Occident des valeurs») demandent à la Suisse d’intégrer autant que possible ses efforts en matière d’armement dans leurs structures internationales, tant sur le plan matériel que technologique, financier et stratégique. Depuis quelques années, le gouvernement suisse suit de plus en plus cette orientation, sous la forme de systèmes d’armes communs (contrôlés de l’extérieur), d’acquisitions d’armes et de munitions, de formations correspondantes ainsi que d’exercices stratégiques et militaires — voir notamment à ce sujet la dernière stratégie en matière de politique de sécurité du Conseil fédéral de 2026.

Par ce comportement, la Suisse officielle se rapproche sans cesse des structures «occidentales» du pacte, s’y intégrant de manière tantôt formelle, tantôt de fait.

En reprenant à son compte les mesures coercitives unilatérales prises par l’UE à l’encontre de la Russie au motif d’une «violation grave du droit international», les détracteurs de cette politique estiment que le gouvernement suisse est allé trop loin:
– Parce que ce principe n’est pas appliqué lorsque les États-Unis mènent des attaques également contraires au droit international – notamment en collaboration avec l’OTAN et l’UE, par exemple en Iran.
– Parce que les sanctions économiques n’ont généralement guère d’impact sur les instances politiques et les classes dirigeantes, mais touchent avant tout les populations les plus pauvres et les plus vulnérables — selon The Lancet, plus de 500 000 personnes seraient décédées chaque année dans le monde depuis 1971 en raison de telles sanctions.
– Parce que les sanctions relevant du droit international ne peuvent être prononcées que par l’ONU.

Pour ces raisons, la neutralité de la Suisse n’est déjà plus reconnue comme telle aujourd’hui «ni par l’Ouest ni par l’Est», ou du moins est-elle remise en question.

Afin de retrouver l’estime dont elle bénéficiait auparavant, la présente initiative a été lancée. Elle inscrit dans la Constitution des lignes directrices claires pour la politique de neutralité de la Suisse.

Et c’est précisément pour cette raison que l’argumentation des décideurs politiques qui rejettent l’initiative porte principalement sur la limitation d’une interprétation flexible de la neutralité au profit de mesures unilatérales s’inscrivant dans le cadre d’un ordre mondial à dominance occidentale – avec les intérêts commerciaux qui en découlent. Dans le même temps, l’initiative est discréditée par le reproche selon lequel elle serait issue d’un courant politique uniquement motivé par des avantages économiques, notamment par la volonté de contourner les sanctions.

 

Vision intégrale de l’avenir:

Dans une société intégrale, l’humanité et la résolution pacifique des conflits occupent la première place dans la vie commune politique et morale.

Les conflits sont identifiés suffisamment tôt comme une aide à l’évolution. Il existe des conditions cadres et des responsabilités sociétales importantes. Celles-ci garantissent que les conflits soient perçus de manière neutre et réglés pacifiquement. Une neutralité spontanée et bienveillante favorise ainsi le bien-être de l’ensemble du réseau de la vie.

Recommandation de vote : 

Par sa volonté de promouvoir la paix, l’«Initiative sur la neutralité» va dans le sens de la vision intégrale.

 

Nos réflexions à ce sujet:  
  1. L’initiative vise à ancrer dans la Constitution des principes fondamentaux d’orientation politique, ce qui est tout à fait approprié sur le plan législatif. Il appartient aux instances législatives (en dernier ressort au peuple — et pas simplement au Conseil fédéral) d’appliquer dans le détail cette orientation et de la définir précisément.
  2. Beaucoup associent unilatéralement leur opposition au conflit en Ukraine et lui reprochent de favoriser la Russie de manière partiale, en négligeant le fait qu’une véritable neutralité – telle que le Conseil fédéral la revendique officiellement pour lui-même – devrait condamner juridiquement de la même manière d’autres violations du droit international, comme celles commises en Palestine, en Iran, au Venezuela et dans d’autres situations. Dans tous les cas, la Suisse devrait s’engager par tous les moyens à sa disposition pour contribuer à la résolution des conflits et au soutien de toutes les personnes touchées.
  3. Le fait que la Suisse soit encore reconnue comme neutre en raison de sa politique actuelle – comme l’affirme le Conseil fédéral – est remis en question au vu des déclarations susmentionnées provenant de l’Est et de l’Ouest. L’offre de médiation internationale est toujours d’actualité, mais elle a clairement subi des dommages importants. Rappelons-nous les pourparlers du Bürgenstock.    
  4. Si la Suisse souhaite continuer à revendiquer sa neutralité, elle doit se libérer des liens économiques et organisationnels unilatéraux impliquant une dépendance en matière d’armement et se tenir à l’écart des pays et des blocs militaires orientés vers la guerre. Aujourd’hui déjà, cela n’est plus garanti sans réserve dans ses relations avec les États-Unis, l’OTAN et l’UE.
  5. Une véritable autodétermination (souveraineté) ne peut naître que si nous nous reconnaissons comme faisant partie d’un ensemble mondial. Limiter la coopération avec les alliances militaires ne signifie pas interdire toute coopération avec les pays voisins. Le fait que la «neutralité nous protège de la guerre» ne garantit pas que cela soit efficace dans tous les cas. C’est l’attitude indépendante de la Suisse qui donne à sa neutralité sa valeur, tant pour elle-même que pour la communauté internationale.
  6. Sur le plan du droit international, la Suisse est intégrée à la communauté internationale depuis son adhésion à l’ONU. Dans ce cadre, elle dispose de possibilités d’action en tant qu’État souverain pour œuvrer en faveur d’une coopération géopolitique centrée sur l’humain, d’un règlement des conflits aussi respectueux que possible de la dignité humaine, ainsi que du respect et de l’application effective du droit international à tous les niveaux.
  7. L’initiative sur la neutralité ne change rien au fait que la Suisse doit respecter les sanctions décidées par le Conseil de sécurité. Elle reste libre de décider d’éventuelles mesures propres.
  8. La neutralité s’applique – concrètement et en tant que principe – tant à l’extérieur qu’à l’intérieur: Pour la Suisse, cela a toujours revêtu une importance particulière dans les conflits entre pays voisins de même langue.

 

Quelles réflexions supplémentaires ChatGPT propose-t-il?

1 Ancrage structurel: L’inscription des principes fondamentaux de neutralité dans la Constitution donne au pays une base solide. La mise en œuvre concrète reste flexible et relève de la responsabilité du peuple et des autorités.

2 Intégration des besoins légitimes en matière de sécurité: L’opposition à l’initiative découle souvent du désir légitime de sécurité et d’intégration internationale face aux nouvelles menaces. Une vision intégrale reconnaît ce besoin, tout en soulignant: La Suisse apporte sa contribution la plus efficace à la sécurité mondiale non pas en tant que partenaire militaire, mais en tant qu’espace impartial de négociation et d’humanité.

3 Application cohérente du droit international: Une véritable neutralité n’applique pas deux poids, deux mesures. Elle condamne universellement les violations du droit international (que ce soit en Ukraine, au Proche-Orient ou ailleurs) et fait passer le bien-être de la population civile concernée avant les blocs géopolitiques.

4 Préserver la crédibilité: La neutralité repose sur la confiance de toutes les parties au conflit. Un enchevêtrement progressif avec certaines alliances militaires ou des sanctions économiques unilatérales sapent le rôle de la Suisse en tant que médiatrice neutre sur la scène internationale.

5 Souveraineté et engagement au sein de l’ONU: La neutralité n’est pas un repli sur soi ni un isolement. En tant que membre de l’ONU, la Suisse met activement sa souveraineté au service de la promotion préventive de la paix, de l’État de droit international et de la résolution civile des conflits.

6 La neutralité comme attitude: La politique intégrale ne conçoit pas la neutralité comme une passivité ou une indifférence, mais comme la capacité de prendre du recul par rapport aux parties au conflit afin d’avoir une vision globale.

7 Impartialité plutôt que vulnérabilité au chantage: Seul celui qui ne se lie à aucun bloc conserve la liberté d’action nécessaire pour intervenir à des fins de médiation et d’aide humanitaire.

8 Devise intégrale: Cohésion interne, impartialité vis-à-vis de l’extérieur. La neutralité est l’outil méthodologique permettant de créer, dans un monde polarisé, des espaces propices à la paix et à la réconciliation.

 

 La requête particulière de la PI (Politique Intégrale):
  1. La neutralité, en tant que principe et approche méthodologique, constitue une condition préalable à une intégralité exigeante!
  2. Nous considérons qu’il est fondamental de mener une réflexion ouverte sur les concepts et les différentes perspectives de toutes les parties prenantes et personnes concernées.
  3. Dans toutes les sociétés terrestres, des conflits surviennent qui nécessitent une perception neutre, sur la base de laquelle ils peuvent être résolus.
  4. La neutralité agit en tant que principe – tant à l’extérieur qu’à l’intérieur: Il est de notre responsabilité à toutes et à tous de veiller à gérer nos conflits personnels de manière conciliante afin de parvenir ensemble à la paix et de construire ainsi une société humaine.
  5. De même que nous prônons la neutralité vis-à-vis de l’extérieur face aux conflits internationaux, nous souhaitons également adopter une approche neutre envers les divergences et les conflits politiques en interne.
  6. En interne, cela implique d’adopter une attitude attentive et honnête vis-à-vis de l’information et de la tendance à interpréter des intentions cachées dans les propos. Une écoute ouverte et un questionnement permettent de parvenir à une compréhension neutre et, finalement, à une entente.
  7. À une époque marquée par une surabondance d’informations et, parallèlement, par une réorientation des attitudes et des valeurs de l’humanité tout entière, nous avons la possibilité d’élargir notre conscience et ainsi de développer une compréhension fondamentale d’autres perspectives et de nous exercer à mieux percevoir les choses.
  8. Concernant les situations de conflit actuelles autour de la Suisse, nous devrions prendre conscience que la promotion de la paix ne nécessite qu’une infime fraction des fonds dépensés aujourd’hui pour les préparatifs de guerre, y compris en Suisse.
    L’utilité de la promotion de la paix est pourtant bien supérieure à celle de la prétendue «protection militaire contre les attaques extérieures».

 

2 – Initiative populaire «Pour une alimentation sûre – grâce au renforcement d’une production nationale durable, en favorisant davantage les aliments d’origine végétale et en garantissant une eau potable propre (initiative pour l’alimentation)»

 

Objet de l’initiative:

L’initiative sur l’alimentation demande que la Suisse produise nettement plus de denrées alimentaires afin d’être moins dépendante de l’étranger. À l’avenir, au moins 70 % des aliments consommés en Suisse devront être produits dans le pays. Pour y parvenir, l’agriculture suisse devra produire moins d’aliments d’origine animale et davantage d’aliments végétaux. De la sorte, les mêmes surfaces pourraient nourrir un plus grand nombre de personnes. En outre, l’initiative veut mieux protéger l’environnement, l’eau potable, la fertilité des sols et la biodiversité. Les agriculteurs devront utiliser moins de produits phytosanitaires et d’engrais. Les objectifs doivent être atteints dans les dix ans à compter de l’acceptation de l’initiative.

 

Vision intégrale de l’avenir:

Dans une société intégrale, les producteur·rice·s alimentaires, tout comme l’ensemble de la société, ont conscience de leur responsabilité envers la santé des personnes et de l’environnement. Ils considèrent les ressources naturelles comme un cadeau et les traitent avec respect. Ils préservent le cycle naturel de la production alimentaire. L’estime portée à nos ressources naturelles et une coexistence respectueuse constituent la base de leur action.

 

Recommandation de vote: 

L’adoption de l’initiative va dans le sens de cette vision d’une société intégrale.

 

Nos réflexions à ce sujet:  
  1. Nous soutenons l’initiative afin que la politique agricole, en tant que système réglementé et complexe, évolue dans ce sens.
  2. À la page 24 de la brochure de vote, il est admis que les objectifs écologiques fixés en 2008        n’ont pas été atteints. Il y est également reconnu qu’il reste des progrès à faire en matière de protection de l’eau. Les seules mesures d’amélioration mentionnées concernent les subventions.   
  3. Le volume des subventions est suffisamment important pour apaiser les craintes de nombreux agriculteur-rices face à la transition. Sur les 2,8 milliards de francs, versés par les contribuables à la production alimentaire, 70 % sont actuellement consacrés à la promotion des produits d’origine animale et 30 % aux aliments d’origine végétale. Cela s’explique notamment par le fait que la Suisse est, en termes de superficie, principalement constituée de prairies, en particulier dans les régions vallonnées et montagneuses. 
  4. Une partie considérable des prairies actuelles des vallées était autrefois consacrée à la culture de céréales. La conversion a eu lieu il y a près de deux cents ans, lorsque les céréales ont été importées à moindre coût depuis l’étranger. Des surfaces agricoles pourraient à nouveau être créées sur ces prairies. La production végétale pourrait être davantage mise en avant.
  5. Actuellement, les grandes exploitations sont favorisées, car elles peuvent cultiver de vastes superficies dans des zones favorables.
  6. Aujourd’hui, une part considérable des subventions est versée aux secteurs de transformation en amont et en aval, y compris pour des aliments moins sains. C’est pourquoi nous saluons le futur déplacement des subventions vers les domaines où les modes de culture sont modifiés, ce qui favorise directement la souveraineté agricole.
  7. Une réaffectation judicieuse des subventions favoriserait ainsi le développement des petites exploitations.   
  8. Si nous voulons augmenter le degré d’autosuffisance, il est nécessaire d’accepter l’initiative, car le Conseil fédéral vise un degré d’autosuffisance de 50 % en 2050.
  9. Selon le Conseil fédéral, l’acceptation de l’initiative restreindrait la liberté de choix des consommateurs. La question se pose alors de savoir si le système actuel de subventions, qui favorise unilatéralement la consommation de produits d’origine animale, ne conditionne pas déjà aujourd’hui considérablement cette liberté de choix.
  10. En tant que consommateurs·rices, nous participons concrètement à ces décisions à chaque achat. Si nous achetons des produits d’origine végétale, leur production augmente. Un comportement de consommation conscient permettrait de faire avancer l’agriculture biologique.
  11. Le tourisme d’achat dans les pays voisins influence considérablement l’impact des décisions sociétales concernant l’agriculture, l’environnement et le système alimentaire en Suisse. Pour que les aliments restent abordables pour tous, une mesure efficace consisterait à limiter ce tourisme d’achat à l’aide de droits de douane appropriés.
  12. Outre les paiements directs versés aux agriculteur·rices, les aliments locaux sont fortement protégés par des droits de douane, qui coûtent également des milliards aux consommateurs·rices suisses et profitent notamment aussi aux agriculteurs.
  13. Avec l’augmentation de la population, la pression sur la production nationale au service de la souveraineté alimentaire ne cesse d’augmenter. mportations de denrées alimentaires. Dans ce contexte, notre production nationale devrait d’une part produire autant que possible, mais aussi fournir des produits de haute qualité. Notamment par la culture d’aliments sains et respectueux de l’environnement.
  14. Il convient également de prêter attention à la protection des variétés végétales et à la biodiversité, afin de permettre une production adaptée aux conditions locales dans toutes les régions.

 

 

 La requête particulière de la PI:

  1. L’accès à une alimentation saine répond à un besoin fondamental. Les responsables politiques ont la responsabilité d’intégrer clairement les aspects sanitaires dans leurs décisions, en particulier dans le domaine de la transformation des aliments. Si cette responsabilité est assumée, les modes d’approvisionnement qui renforcent les régions seront soutenus, tels que les abonnements de paniers de légumes, la vente directe et la redistribution des aliments excédentaires (Food Safe).
  2. Cette initiative ne permettra guère de faire tomber les anciennes structures ; dans le meilleur des cas, elle éveillera les consciences d’une partie de la population. Il nous tient à cœur d’utiliser cette énergie, dans une prochaine étape importante, pour repenser l’agriculture.
  3. Nous apprécions que l’initiative intègre également l’environnement. Il en va aussi du bien-être des animaux. Moins nous achetons de viande et de produits laitiers, moins il y a d’animaux qui vivent en Suisse et souffrent dans l’industrie animale. Nous souhaitons un élevage plus proche de la nature et respectueux des différentes espèces.
  4. L’attention des responsables politiques doit se porter sur des structures viables, adaptées au contexte local, et sur leur mise en réseau. Ces structures sont développées et mises en œuvre dans un état d’esprit empreint de gratitude. À quoi pourrait ressembler cette mise en œuvre pour qu’elle ait du sens?
  5. Nous saluons la volonté de nombreux agriculteur·rices qui prennent les choses en main en matière d’autosuffisance et de vente directe. Cela permet, d’une part, de réduire au minimum la transformation et la conservation industrielles et, d’autre part, de favoriser le contact entre consommateurs et producteur·rices – tout en renouant avec un meilleur rapport et une meilleure compréhension des ressources naturelles qui nous entourent.
  6. Dans la mesure du possible, les producteurs, les grossistes et la clientèle devraient être associés aux réflexions et aux planifications. Cela permet de mettre au jour et de résoudre les intérêts cachés. L’initiative permettra éventuellement de réduire certains obstacles et de créer les conditions nécessaires pour faciliter la mise en œuvre progressive des mesures requises, comme le souhaite le Conseil fédéral.

Commentaire du cercle 

« IP Suisse du Nord-Ouest »

Responsables du commentaire de la Suisse du Nord-Ouest : Gradlon von Känel, Reto Sauder, Kai Moosebach, Nicole Grossen, Peter Kaufmann

Initiative sur la neutralité

Notre réaction spontanée à l’initiative a été, pour nous tous, le rejet. Après un examen approfondi de l’initiative et des arguments pour et contre, cette première certitude intuitive s’est concrétisée. Nous avons alors compris que notre rejet ne visait pas en premier lieu les arguments des partisans, même si nous avons également beaucoup à critiquer à ce niveau. Cette impulsion de rejet puise sa source dans une dimension plus profonde : nous considérons que la motivation des auteurs de l’initiative est discutable et en partie motivée par des intentions inconscientes. Cela concorde avec le fait que l’importance de l’initiative est parfois fortement exagérée.

La neutralité est déjà inscrite en tant que notion dans la Constitution. L’initiative sur la neutralité ne ferait que la définir plus précisément. Cette définition ne s’écarte à bien des égards que très peu, de la conception de la neutralité telle qu’elle est actuellement pratiquée. Les seules conséquences réelles de l’initiative concernent le domaine des sanctions économiques et celui de la coopération militaire internationale. Dans ces deux domaines, la Suisse perdrait une partie de sa marge de manœuvre en raison de la nouvelle disposition constitutionnelle et serait contrainte d’agir davantage de manière solitaire sur la scène internationale.

Les partisans de cette initiative présentent toutefois ce vote comme une bataille pour l’identité et l’âme de la Suisse, en recourant à des raisonnements parfois incompréhensibles. L’idée selon laquelle la neutralité, et uniquement la neutralité, peut préserver la paix et la sécurité de la Suisse en est un exemple.

Cette confiance exagérée dans l’importance et l’impact de la neutralité et de l’initiative est pour nous un premier signe inquiétant. Selon notre analyse, la motivation derrière cette initiative, chez une partie non négligeable de ses partisans, puise dans une ombre psychologique liée au pouvoir et à l’agressivité.

Comme on a soi-même refoulé l’accès à sa propre agressivité et au plaisir d’exercer le pouvoir, on ne les reconnaît qu’à l’extérieur, chez les autres, et non en soi-même. De plus, cela rend incapable de distinguer si et dans quelle mesure l’agressivité est réellement présente chez l’autre, et ce qui relève uniquement de sa propre projection. Et comme l’agressivité et le plaisir d’exercer le pouvoir chez les autres constituent toujours une menace potentielle, on les combat, tout en négligeant le fait qu’on tente ainsi soi-même d’exercer un pouvoir.

Comme cette motivation cachée ne peut être perçue ni exprimée consciemment, elle se traduit par un ressentiment diffus à l’encontre d’une élite dirigeante suisse mal définie et de puissances étrangères (l’UE, les États-Unis et l’OTAN servant alors de boucs émissaires).

En résumé, nous retenons ce qui suit : l’initiative sur la neutralité découle, selon nous, d’une motivation erronée, ne pourrait pas tenir ses promesses, limiterait la liberté d’action de la Suisse et conduirait à un isolement international accru. Cela ne correspond absolument pas à notre conception d’un avenir meilleur et intégral. C’est pourquoi nous rejetons cette initiative.

 

Initiative sur l’alimentation

Dans un premier temps, nous adhérons clairement à l’orientation générale de l’initiative. Nous sommes fondamentalement favorables à la préservation et à la promotion du patrimoine écologique de notre pays. Il nous semble évident que le statu quo comporte beaucoup trop de compromis et de concessions et que des changements en profondeur sont nécessaires pour obtenir un résultat satisfaisant.

Un problème pratique et complexe se pose naturellement : comment y parvenir concrètement ? Beaucoup de gens reconnaissent l’importance de protéger nos moyens de subsistance, mais rares sont ceux qui sont prêts à assumer les conséquences d’une mise en œuvre effective – comme, par exemple, réduire leur consommation de viande.

Pour y parvenir, l’initiative propose de réorienter l’agriculture et l’industrie agroalimentaire vers la production d’aliments d’origine végétale. D’autres mesures sont également énumérées, mais ce point nous semble être l’élément central ayant les conséquences les plus importantes. À notre avis, il est toutefois extrêmement douteux que cette réorientation forcée entraîne réellement les effets escomptés.

D’une part, nous ne sommes pas d’accord avec l’idée selon laquelle l’indépendance vis-à-vis de l’étranger soit aussi indispensable qu’on le prétend en matière d’alimentation. À notre avis, il serait plus honnête et aussi plus efficace de cibler directement la consommation de produits d’origine animale et la production qui y est associée.

L’initiative évite donc d’aborder directement une question plus profonde qui, selon son interprétation, pourrait toutefois conduire à la restructuration envisagée du secteur agroalimentaire : quels aliments se retrouvent dans les assiettes des Suisses et pourquoi ? En effet, la majorité de la population suisse est confrontée à une réalité désagréable : on consomme trop de viande pour de mauvaises raisons. Parmi ces mauvaises raisons, nous citons l’ignorance des conséquences écologiques, l’indifférence face à la souffrance d’autres êtres sensibles, mais aussi le maintien de traditions ou d’habitudes dépassées.

D’autre part, le passage à une alimentation végétale rendrait les produits d’origine animale locaux nettement plus chers. Si la demande pour ces produits restait inchangée – ce qui est probable –, ils seraient tout simplement importés de l’étranger. Compte tenu des normes relativement élevées en matière de bien-être animal en Suisse, la consommation de produits d’origine animale devrait alors être satisfaite par une production étrangère répondant à des exigences nettement moins strictes.

Une véritable solution à la problématique soulevée par l’initiative ne peut pas reposer uniquement sur des réglementations en matière de production. Il est nécessaire d’éduquer et de faire évoluer les individus sur le plan intérieur, au niveau de leur conscience et de leur perception. Les personnes qui valorisent pleinement les êtres sensibles et qui non seulement comprennent les liens entre la consommation et l’écosystème, mais adaptent également leur mode de vie en conséquence, n’ont plus besoin d’y être contraintes : elles en décident de leur plein gré. La transformation de l’agriculture est alors une conséquence de ce changement intérieur ; à l’inverse, celle-ci ne peut être imposée.

Nous nous sentons donc partagés : d’un côté, nous adhérons tout à fait à la cause défendue par l’initiative, qui vise, dans la hiérarchie morale, un niveau plus élevé que celui actuellement incarné par le secteur agricole et agroalimentaire en Suisse. Dans son application pratique, nous ne voyons toutefois pas en quoi elle sert cet objectif

Voter « oui » à l’initiative, c’est s’engager en faveur d’une impulsion morale, celle de la valeur d’un cadre de vie intact en Suisse.

Voter « non », c’est, à nos yeux, rejeter une approche malavisée fondée sur la contrainte et la réglementation de la production, qui conduirait notamment à une délocalisation à l’étranger.

Comme ces deux arguments nous semblent valables, nous recommandons la liberté de vote.

Une réponse

  1. A propos de la neutralité.
    Bonjour,
    On est neutre, ou on ne l’est pas. On ne peut pas être « un peu neutre ». Arrêtons de déformer le sens des mots. Vous voulez participer davantage aux actions de l’OTAN et de l’UE. Très bien, mais dans ce cas voua abandonnez la neutralité. Sinon, vous prétendez être ce que vous n’êtes pas, ce qui est la pire des hypocrisies.
    Cordialement.

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