Une Suisse à 10 millions?

Une image de foule

La réunion du 13 mai 2026 de Politique Intégrale Genève a eu comme thème de réflexion l’initiative pour la limitation de la population suisse à 10 millions. Ce texte représente nos réflexions à ce sujet et ne constitue pas la prise de position officielle, que tu peux trouver ici.

L’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) » vise à inscrire une limite absolue à la population du pays dans la Constitution fédérale (10 millions de personnes en 2050). Pour tenir cette limite, la proposition principale est de limiter l’immigration (notamment par l’interdiction du regroupement familial), puis, si cela ne suffit pas, de dénoncer l’accord de libre circulation avec l’Union Européenne.

L’augmentation constante de la population suisse est importante, bien que le taux de natalité ne cesse de baisser. Cette augmentation est due essentiellement à l’immigration laborale, pour la plus grande partie venue de l’AELE et en petite partie une immigration de réfugiés de pays en crise. Elle génère de nombreux problèmes: manque de logement, saturation des transports, augmentation constante des infrastructures, sur-exploitation du territoire naturel, pour n’en citer que quelques-uns.

Nous relevons que tous ces défis étaient ciblés d’une manière plus globale par l’initiative « pour une économie responsable respectant les limites planétaires (initiative pour la responsabilité environnementale) », largement refusée en février 2025.

L’initiative est intéressante, en ce sens que cette limite implique un frein à la croissance économique et forcera une réflexion de fond sur les besoins réels de la population sur chacun des thèmes mentionnés plus haut et une recherche de solutions alternatives.

Par exemple, il est très important de différencier les personnes qui peuvent venir légalement en Suisse (grâce aux accords de libre circulation) de celles qui fuient leur pays. Dans ce second cas, nous sommes aussi renvoyés à nous-mêmes: comment participons-nous à l’exploitation des pays dont proviennent la majorité des réfugiés, qui dégrade les conditions de vie sur place, mettant tant de personnes sur le chemin plus que périlleux de l’exil?

Quant au premier cas, ces personnes sont certes attirées par les conditions de vie en Suisse, mais elles viennent surtout en réponse aux besoins de notre économie. Or, nous savons que nous ne pouvons pas continuer à croître éternellement. Ne serait-il donc pas temps de réduire la voilure?

Pour ce qui est des manques dans le domaine de la santé et des soins en particulier, nous devrions plutôt nous interroger sur ce qui rend les Suisses si malades, revoir complètement la manière dont nous traitons nos aînés et les intégrons dans la société, et aborder la santé et la guérison à partir d’une vision globale de l’Être humain qui dépasse la médecine actuelle.

De même, avoir toujours plus d’enfants pour financer les retraites d’un nombre croissant de personnes âgées n’est pas une solution durable, car cela parle, de nouveau, d’une croissance sans limite. Nous pourrions explorer, par exemple, une répartition du travail plus équilibrée entre les jeunes générations et les seniors, en intégrant le travail à temps partiel pour tou·te·s et en le répartissant sur une durée de vie plus longue, d’autant plus que la santé des séniors va en augmentant. Cela pourrait avantager tout le monde, dans la mesure où le travail, loin d’être la source actuelle de souffrance, pourrait se vivre comme une contribution sociale emplie de sens et génératrice de lien et de bien-être.

Et ainsi de suite pour beaucoup d’autres volets touchés par cette initiative qui demanderaient une approche créative et humaine, au-delà des seuls intérêts économiques: logement, aide internationale, accords avec l’UE, criminalité…

Conclusion

Dans un moyen terme, cette initiative pourrait forcer une réflexion globale de fond que nous évitons en fuyant dans la croissance économique illimitée, et contribuer ainsi à une maturation de la conscience et de la responsabilité citoyenne collective.

A plus long terme, cette maturation collective permettra d’atteindre un objectif supérieur où la fermeture des frontières ne sera plus nécessaire.

Tous les êtres humains sont les habitants de la Terre et chacun·e devrait pouvoir se déplacer librement et choisir là où il ou elle souhaite habiter. Le mélange des cultures est un enrichissement constant. Il y a suffisamment sur cette Terre pour chaque être humain, du moment que les biens ne sont pas accaparés par une poignée de personnes. Nous pouvons vivre ainsi l’unité qui nous lie et que nous ignorons en grande partie jusqu’à maintenant, pris dans des luttes de survie.

La croissance doit se faire vers le mieux et non vers le plus. La transmission à notre descendance devrait être de sagesse et non de richesse.

Photo de CHUTTERSNAP sur Unsplash

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