Politique et formation de la conscience. Éditorial de la newsletter de mai

Éditorial de la newsletter de mai 2026

En tant que membre de longue date de la Commission politique, il m’a été demandé de partager quelques expériences liées à l’élaboration des commentaires politiques.

J’aimerais commencer par une question qui nous est souvent adressée: «Pourquoi vous intéressez-vous aux votations populaires? Les véritables problèmes sont pourtant bien plus profonds!»

Une réponse possible serait la suivante: oui, les racines de nombreuses difficultés sont profondes, et elles ne sont presque jamais prises en compte dans les processus de décision politique. Pourquoi en est-il ainsi? Le fait de ne pas s’occuper des racines des problèmes à résoudre vient-il de ce qu’il est très difficile d’en identifier les causes, et que tant la recherche de ces causes que leur guérison demandent beaucoup de temps? Ou bien est-ce parce que nous évitons de nous confronter aux problèmes politiques désagréables qui se présentent d’eux-mêmes à nous, par peur de nos propres zones d’ombre?

Au sein de la Commission politique, nous ne souhaitons pas éviter ce travail sur l’ombre, mais l’intégrer, dans la mesure du possible, également dans l’élaboration de nos commentaires. Je ne pense toutefois pas ici à une thérapie artificiellement provoquée. Le temps nous manque pour cela. Il s’agit d’une démarche plus directe: nous nous occupons de ce qui se présente à nous au quotidien. Il apparaît de plus en plus clairement qu’en assumant de manière concentrée les tâches du quotidien, on accède particulièrement rapidement aux zones d’ombre plus profondes. C’est pourquoi la politique quotidienne, qui évolue rapidement, fait elle aussi partie des tâches qui se présentent à nous et auxquelles nous ne voulons pas nous soustraire.

De manière plus générale, toutes les personnes font de la politique chaque jour, consciemment ou inconsciemment, y compris celles qui pensent pouvoir s’en tenir à distance. Par exemple, lorsque vous faites vos achats: allez-vous chez un «grand distributeur»? Lorsque vous vous informez: faites-vous confiance aux «médias dominants»? Lorsque vous tombez malade: consommez-vous des produits pharmaceutiques? Dans quelle école envoyez-vous vos enfants? Y sont-ils encouragés à grandir ou, au contraire, diminués? De telles décisions quotidiennes influencent notre vie et celle du monde vivant qui nous entoure bien davantage que les quelques votations auxquelles nous sommes appelés à participer. Savez-vous combien de décisions sont prises au niveau fédéral? Comparez-les au petit nombre de votations populaires. Les citoyennes et citoyens ordinaires ne peuvent participer directement qu’à environ un millième de toutes les nouvelles réglementations. Toutes les autres, nous les avons déléguées aux représentantes et représentants du peuple.

Nous sommes conscients de cette possibilité modeste d’influencer la politique quotidienne. Malgré cela, nous rédigeons ces commentaires de votation. Nous y voyons une occasion favorable de mettre en discussion des perspectives et des influences souvent négligées. Il s’agit notamment de réflexions liées à la vision du monde et à la spiritualité, des ressentis qui émergent face à un thème donné, ainsi que d’une mise en relation consciente avec ce que notre intuition — également appelée corps spirituel ou âme — nous permet de percevoir. Grâce à cette démarche, il nous est plus facile de mettre en lumière des aspects plus fondamentaux d’un sujet d’actualité que nous ne pourrions le faire sans elle.

Ainsi, nous ne voyons l’utilité de nos commentaires que de manière secondaire dans l’élaboration d’une recommandation de vote pour ou contre. Ce qui nous importe bien davantage, c’est de montrer dans quelle mesure un objet soumis au vote va dans le sens de notre vision. Cela nous permet souvent d’ouvrir le regard sur de nouvelles possibilités de résoudre les difficultés actuelles. Si nous parvenons ainsi à encourager les lectrices et les lecteurs à élargir progressivement leur conscience, c’est-à-dire à se rapprocher d’une pensée et d’une manière d’agir plus intégrales, alors nous aurons atteint notre objectif.

Remy 

 

Remy Holenstein

Comité politique

Membre du cercle intérieur d’IP Suisse

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