Le commentaire sur le vote national du 14 juin 2026


«Le progrès ne consiste pas en l’amélioration de ce qui a été, mais à avancer vers ce qui sera.» Khalil Gibran

Déclaration sur la procédure et l’objectif du commentaire politique

Le commentaire politique de PI Suisse est la conclusion d’un processus qui aide à définir des positions intégrales pour les textes soumis à la votation fédérale. Il y est déterminé si un texte représente un pas vers une vision d’une société intégrale, c’est-à-dire fournit une contribution à la transformation de la société, ou si la demande n’est qu’une variante de l’existant qui ne fait que tourner en rond. Le Conseil politique de PI Suisse porte un jugement sur les textes.

Le résultat de ce processus de réflexion est l’aboutissement d’un état des lieux de la situation actuelle et se traduit par une recommandation de vote intégrale sur la base d’arguments concrets.

L’ objectif du commentaire est d’inciter les lecteurs à mener des réflexions similaires, axées sur une vision, afin de tirer leurs propres conclusions. Le but d’une position intégrale n’est pas d’avoir raison, mais de guider les personnes vers une conscience plus éclairée.

Ont participé en tant qu’invités : Istvan Stephan Hunter de Demokratie-Schweiz et Michael Müller du cercle IP de Zurich.

Les thèmes de vote suivants sont proposés au niveau national.

  1. Initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) »

  2. Modification de la loi sur le service civil

1 Initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) »

Ce que vise le projet soumis au vote

L’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» demande que, d’ici à 2050, la Suisse ne compte pas plus de 10 millions de résidentes et résidents permanents. Si la population résidante permanente dépasse 9,5 millions de personnes avant 2050, le Conseil fédéral et le Parlement devront prendre des mesures, notamment dans le domaine de l’asile et du regroupement familial.

Le Conseil fédéral devra en outre invoquer ou négocier des exceptions et des clauses de sauvegarde dans les accords internationaux qui contribuent à la croissance démographique.

Si le seuil des 10 millions est franchi avant 2050, la Suisse devra dénoncer ces accords. Après deux ans, cela s’appliquera notamment aussi à l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE. Les six autres accords des Bilatérales I conclus avec l’UE deviendraient alors caducs. La participation de la Suisse aux accords Schengen et Dublin de l’UE serait remise en question.

 

Vision intégrale de l’avenir:

Dans une société intégrale, les individus sont conscients de leur existence comme faisant partie intégrante d’un tout. Ils peuvent ainsi se déplacer librement dans le monde et s’installer là où eux-mêmes et leurs semblables se sentent bien. Ils entretiennent des relations enrichissantes, qui renforcent la confiance et nourrit le sentiment d’appartenance – entre des individus de cultures différentes et avec tous les êtres qui partagent cette Terre avec nous, les humains. Ces conditions sont essentielles pour relever les défis quotidiens, parvenir à des solutions efficaces et favoriser ainsi une croissance spirituelle à tous les niveaux de la vie. Dans cet échange avec tous les êtres, se développe également une compréhension intégrale de la culture comme coopération différenciée entre des espèces très diverses, aux besoins et aspirations très variés.    

Une véritable autonomie des individus et des communautés — lesquelles se constituent d’individus et de sous-communautés d’espèces très diverses — conduit à une gestion responsable de la matière, de la terre et de l’esprit sur la planète. 

Recommandation de vote : Non

 

Nos réflexions à ce sujet:  
  1. L’initiative s’adresse à de nombreux domaines de la société. Elle met en avant des questions importantes. Nous sommes conscients que la population suisse nourrit certaines craintes face à ce qu’on appelle la surpopulation étrangère. Ces craintes sont en partie compréhensibles dans la mesure où elles remettent en question des identités qui se sont construites au fil des générations : des identités culturelles régionales menacées ou en voie de disparition en raison de l’urbanisation, du consumérisme et des cultures de masse, par exemple la tradition humanitaire du pays.
    Une part importante de ces craintes est toutefois également générée ou propagée par le populisme, à travers des slogans comme « Nous payons pour les autres » (inquiétude concernant le niveau de prospérité qui nous paraît aujourd’hui normal). Et l’expression « Cela touche à notre existence même » (sentiment d’insécurité) transforme une éventuelle pénurie en une menace vitale.
  2. Lorsque des personnes issues de cultures différentes arrivent en grand nombre dans le pays, l’intégration s’avère souvent difficile dans la pratique quotidienne, même avec la meilleure volonté du monde. Par exemple à l’école, dans les quartiers ou dans les espaces sociaux ouverts. Pour les raisons évoquées ci-dessus, il est souvent difficile – notamment pour des raisons linguistiques – de prendre le temps de parler avec ces personnes, d’aller vers eux et de faire preuve de patience lorsque « les autres / les étrangers » ne parviennent pas à s’adapter « assez rapidement » à nos codes de conduite courants, socialement reconnus ou simplement devenus familiers. Il peut donc être difficile de comprendre qu’une intégration réussie implique un rapprochement mutuel qui transforme et enrichit aussi dans une certaine mesure notre culture.  
  3. La croissance démographique du pays pose un problème qu’il ne faut pas négliger. Personne ne semble réellement souhaiter une nouvelle augmentation du nombre d’habitants, et pourtant la famille avec enfants demeure essentielle à la pérennité d’une société. Les grandes communautés ont donc bel et bien la responsabilité de garantir un équilibre durable de l’évolution démographique. Il va de soi que cela ne doit pas se faire au détriment de notre tradition humanitaire ni selon des recettes de xénophobie populistes. 
  4. À cet égard, les souhaits des auteurs de l’initiative concernant l’article 73a de la Constitution fédérale sont compréhensibles (jusqu’à présent : « La Confédération et les cantons s’efforcent d’assurer un rapport équilibré à long terme entre la nature et sa capacité de régénération, d’une part, et son exploitation par l’homme, d’autre part »). En revanche, ce qui est exigé dans les dispositions transitoires (art. 197, al. 2) est difficilement acceptable et ne correspond en grande partie pas à nos valeurs morales fondamentales.  
  5. Pour de nombreux immigrés, en particulier les réfugiés, nous portons une part de responsabilité dans leur déplacement forcé hors de leur pays d’origine. Ils nous renvoient l’image de notre comportement au sein de la communauté internationale. Dans le cadre des affaires internationales, la Suisse contribue parfois de manière significative — par certains aspects des accords commerciaux, des opérations bancaires ou des livraisons d’armes — au soutien de gouvernements corrompus, au manque de développement interne (ce que l’on appelle les « réfugiés économiques ») et, par conséquent, aux guerres internes et régionales ainsi qu’à la misère.   
  6. La Terre appartient à tous. Aucune frontière nationale n’est donnée par la nature. L’appropriation privée de terres constitue une spoliation de biens qui pourraient servir au bien-être de l’ensemble de l’humanité et du vivant. Cela devient évident lorsque les « droits de propriété » sont imposés par la force. De ce point de vue, l’expulsion et l’exclusion de personnes menacées hors de Suisse sont dépourvues de tout fondement moral.  
  7. La question se pose donc : Comment créer un espace de dialogue propice à un échange honnête sur ces sujets ? Comment trouver des réponses à ces questions ? Comment assumer le fait – et la responsabilité – de reconnaître que, tout simplement, nous ne savons pas ? 
  8. Constater que des frontières ont été créées dans différents domaines, qu’elles existent et qu’elles sont imposées avec des instruments appropriés, est une chose. 
  9. Il appartient aux citoyens d’actualiser politiquement ces frontières établies afin d’éviter que la qualité de la participation du peuple n’en pâtisse gravement, alors que la confiance individuelle et sociale continue de s’affaiblir. 
  10. L’initiative se concentre sur l’immigration – influencée par la mondialisation et les tendances impérialistes* – et sur son impact sur l’équilibre intérieur du pays. Ce faisant, elle néglige notre contribution à un équilibre avec l’environnement géographique et culturel plus large, et en particulier notre coresponsabilité dans les dérèglements ‘mondialistes’.

 

Les préoccupations spécifiques de PI: 
  • Tout le monde a le droit de vivre en Suisse, de la même manière que nous considérons comme naturel de voyager dans d’autres pays et de nous y installer. 
  • Si tant de personnes souhaitent venir en Suisse, cela tient en grande partie à l’injustice croissante engendrée par la politique internationale. La Suisse soutient et accompagne largement cette politique.  
  • Afin de protéger les « privilèges suisses », des peurs sont alimentées délibérément, également dans notre pays. Ce dont nous avons urgemment besoin, c’est d’éviter d’attiser les peurs, autrement dit de favoriser des impulsions proactives invitant chacun à participer à la construction collective. Les médias jouent à cet égard un rôle manifestement décisif, tout comme le domaine de l’éducation, que ce soit dans l’élaboration des contenus des supports scolaires — notamment à travers une écriture de l’histoire souvent inconsciemment propagandiste — ou à travers les contributions apportées à la vie quotidienne scolaire. Pour réduire la peur de l’étranger, la transmission et l’expérience des valeurs humaines peuvent aider tous les individus à se considérer comme égaux. 

2 – Modification de la loi sur le service civil

Ce que vise le projet soumis au vote

Toute personne qui ne peut pas concilier le service militaire avec sa conscience a la possibilité d’effectuer un service civil. Elle doit pour cela déposer une demande. Depuis 2009, les requérants prouvent leur conflit de conscience en acceptant d’accomplir, dans le cadre du service civil, 1,5 fois plus de jours de service qu’ils n’auraient dû en accomplir dans le service militaire.

Le Conseil fédéral et le Parlement veulent s’assurer que le service civil reste une exception. La loi doit permettre de réduire le nombre de personnes qui choisissent le service civil et de limiter les passages du service militaire au service civil. Elle vise en particulier les membres de l’armée qui ne passent au service civil qu’après avoir déjà accompli une grande partie de leur service militaire. Aujourd’hui, ces personnes ne doivent en effet accomplir que relativement peu de jours de service supplémentaires. Désormais, toutes les personnes astreintes au service civil devront accomplir au moins 150 jours de service.

D’autres mesures prévoient des exigences plus strictes pour la planification des affectations au service civil. L’objectif est d’éviter que les personnes astreintes au service civil bénéficient d’un avantage par rapport aux personnes astreintes au service militaire. Désormais, il sera en outre exigé que les personnes astreintes au service civil accomplissent chaque année du service à partir de l’année suivant leur première affectation. Un référendum a été lancé contre le projet. C’est pourquoi celui-ci est soumis au vote.

 

Vision intégrale de l’avenir:

Dans une société intégrale, tous les individus sont conscients qu’ils dépendent de la collectivité. Ils s’accomplissent en harmonie avec le monde qui les entoure – en donnant et en recevant dans le flux de la vie. Sur la base de cette confiance et dans un esprit de coopération, ils agissent les uns avec les autres de manière créative, diversifiée et pour le bien commun. Ainsi naît une vie communautaire dans laquelle les conflits deviennent des occasions de compréhension mutuelle, et où l’abondance naît de la contribution apportée par chacun.  

 

Recommandation de vote: Non 

Nos réflexions à ce sujet:  
  1. Le nombre croissant de personnes astreintes au service qui se détournent du service militaire au profit du service civil semble inquiéter les majorités au Parlement et au Conseil fédéral. Ils craignent que trop peu de personnes choisissent le service militaire et que, par conséquent, la Suisse ne soit plus en mesure de répondre avec ses moyens militaires aux exigences étrangères à son encontre. C’est pourquoi ils ont décidé de durcir fortement l’accès au service civil. 
  2. Cependant : Nous considérons que les six mesures de durcissement visant à pousser les candidats au service civil à revenir au service militaire sont des mesures qui rendent le monde plus dangereux au lieu de le rendre plus pacifique. De ce point de vue, le passage du service militaire au service civil doit être encouragé plutôt qu’entravé. Par ailleurs, l’objectif en matière d’effectifs militaires est actuellement atteint et n’est pas menacé, malgré l’augmentation du nombre de personnes effectuant un service civil ces dernières années.  
  3. Nous posons également la question : Quelques centaines de personnes prêtes à servir qui passent du service militaire au service civil mettent-elles réellement notre pays en danger ? 
    Ne manque-t-il pas également une réflexion réaliste sur la dimension spirituelle de la nature ainsi que sur les véritables besoins de la plupart des êtres humains, qui sont prêts à instaurer des relations équitables pour éviter les guerres ? 
  4. Comment pourrait-on également interpréter ce désintérêt croissant pour le service militaire ?  
    Par exemple, plus la Suisse se rapproche de l’OTAN, plus elle s’éloigne de l’objectif affiché de défense nationale, car les soldats sont alors déployés au service d’intérêts étrangers. Cela pourrait être l’une des nombreuses raisons qui ont conduit un nombre croissant de jeunes à préférer le service civil au service militaire, et ce malgré une durée de service plus longue.   
  5. Nous suggérons de reconsidérer la définition de la sécurité. Cela permettrait de développer un nouveau regard commun et approfondi. Cela implique également de se demander si l’armée doit continuer à bénéficier d’un traitement préférentiel par rapport aux efforts de paix. 
  6. Un Office fédéral de la paix pourrait former les jeunes hommes à devenir des accompagnateurs et des médiateurs pour une cohabitation pacifique. Ce serait bien moins coûteux et bien plus efficace que la dissuasion. 
  7. Si la Suisse introduisait la tripartition sociale (c’est-à-dire trois parlements indépendants les uns des autres pour la culture et l’éducation, pour le droit et pour l’économie), le parlement de l’éducation et de la culture pourrait fortement contribuer à freiner les exigences parfois égoïstes de l’économie.  Le monde s’en trouverait nettement plus pacifique. 
  8. Toutes ces réflexions visent à souligner qu’il n’est pas évident de privilégier unilatéralement la participation à l’armée par rapport à l’engagement dans un service civil, lequel traite délibérément d’autres aspects de la sécurité sociale. 
  9. Dans l’intérêt du bien commun, il semble souhaitable d’élargir la notion de ‘sécurité dans le monde et pour notre communauté, la société’. En même temps, nous sommes convaincus que l’armée tend à réduire cette sécurité plutôt qu’à la renforcer.  

 

Les préoccupations spécifiques de PI: 
  1. La conscience collective n’est pas encore suffisamment développée pour que nous adoptions, en situation de conflit, un comportement intégral. C’est pourquoi il existe encore des guerres. On répond aux attaques par des contre-attaques. Cela découle d’une vision du monde très dense et très matérielle.  
  2. Il manque une connaissance approfondie des lois de la nature, lesquelles nous renvoient le fait que nous produisons nous-mêmes, par notre comportement, tous les événements qui nous arrivent. Cela s’applique
  3.  également pour les attaques auxquelles nous nous exposons.  
  4. Nous cessons de considérer les conflits internationaux comme inévitables.  Car puisque les guerres sont provoquées par les êtres humains, nous pouvons également les empêcher. 
  5. Nous sommes très heureux de constater que, d’année en année, de plus en plus de jeunes préfèrent accomplir un véritable service au bénéfice de la collectivité plutôt que de soutenir les tentatives extrêmement contestables de la majorité parlementaire et du Conseil fédéral visant à vouloir combattre d’éventuels agresseurs étrangers par la force des armes.  

 

Pistes de solution possibles :  
  1. Le fait de focaliser l’attention sur les guerres, l’armée et le service civil engendre des peurs pour l’avenir, de la méfiance et des clivages. À l’inverse, la remise en question peut aider à trouver une conception élargie de la sécurité, qui vise à préserver l’intégrité personnelle et sociale, et à la favoriser. 
  2. Nous mettons tout en œuvre pour résoudre les conflits, de plus en plus rares, par des méthodes non violentes. Au lieu d’attiser les peurs, nous encourageons la sensibilisation au fonctionnement de la nature. Nous encourageons également notre entourage à porter leur regard sur les aspects positifs. 
  3. Nous nous faisons des amis partout grâce à l’estime portée aux autres et à un comportement coopératif. Cela permet d’assurer la sécurité face aux guerres.  
  4. Nous saluons la création de structures qui permettent à tous les adultes de contribuer au bien commun de la société en fonction de leur capacités. 

Une réponse

  1. Bonjour,
    En tant qu’Aurovillien, je suis pour vivre dans un monde sans politique, sans argent et sans religion, et une relation directe avec le Divin. Mais nous n’en sommes pas là dans nos sociétés actuelles.
    Alors, concernant l’initiative pour la durabilité, je voterais oui. Pourquoi? Pour une question d’espace vitale, tout simplement. Quand nous serons dix millions nous passerons à douze, puis à quinze, puis à vingt… et alors?
    Bien à vous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Tu aimes cet article ?

Teile ihn auf facebook
Teile ihn auf Twitter
Teile ihn per E-Mail

Plus de nouvelles