De la professionalisation des élus

Un diagramme compliqué

Le 4 février 2026, PI Genève a organisé une soirée publique sur le thème des compétences personnelles et professionnelles nécessaires aux membres de l’exécutif. Cet article résume nos observations et les idées que nous avons élaborées à partir de ces dernières.

La branche exécutive du gouvernement suisse, le Conseil Fédéral, est organisée sur un mode collégial. Ses membres sont élus par l’Assemblée Fédérale et représentent, du mieux possible, la diversité de la Suisse ainsi que les forces politiques du pays (la “formule magique”). Cette structure fait qu’il n’y a pas d’opposition. L’intention de collégialité pousse les Conseillères et Conseillers fédéraux à sortir des lignes strictes des partis dont ils et elles sont membres.

Dans une large mesure, cette manière de fonctionner se retrouve au niveau des cantons et des communes, pour ce qui est de la dimension collégiale.

Même s’il y a parfois des ruptures de collégialité, il reste que cette structure, unique au monde, amène un calme et une ouverture à la politique suisse. C’est un très grand privilège de notre démocratie.

Toutefois, ce système entraîne une certaine lenteur. De plus, le processus de sélection mène rarement la bonne personne au bon endroit. Le choix des départements se fait par ancienneté et par intérêt, sans considérer les compétences de la personne. Dans un monde où la complexité augmente sans cesse et où le rythme de changement s’accélère, le système montre ses limites. Ceci entraîne un isolement et un épuisement des élus, souvent sous le feu de critiques de plus en plus virulentes.

Il apparaît évident que des personnes portant de telles responsabilités ont besoin de soutien, au-delà de l’appui que fournissent les départements de l’administration. Ce soutien serait composé de multiples facettes, incluant les dimensions personnelles et l’acquisition des connaissances nécessaires sur un sujet donné. Un tel soutien, personnalisé aux besoins de la personne, serait surtout utile au moment où une personne entre au Conseil Fédéral ou change de département. Il pourrait aussi s’agir de disposer de quelqu’un qui puisse être un miroir, pour faire ressortir l’ombre et les points aveugles.

Ce soutien nous semble indispensable. Dans un monde ancré encore dans la logique patriarcale, montrer ses limites et demander de l’aide ne coule pas de source. Peut-être que de tels soutiens existent, mais restent cachés. Nous sommes convaincus que de tels soutiens sont nécessaires et devraient se faire tout à fait ouvertement, ce qui aurait valeur d’exemple pour le reste de la société. Ce d’autant plus que les conseillers politiques et les conseillers de communication des conseillers fédéraux sont, eux, connus.

Quant au sujet de l’isolement, nous pensons qu’il est important de se sentir solidaires envers les personnes qui s’engagent dans des fonctions politiques dirigeantes, prenant ainsi des responsabilités conséquentes. Nous avons, collectivement, élu ces personnes (de manière indirecte au niveau fédéral). Les critiquer et se décharger sur elles de tout ce qui va mal, ne fait que diviser notre société et renoncer à sa responsabilité individuelle. C’est le principe du bouc émissaire.

La Suisse dispose donc de bonnes bases pour exercer une politique dotée d’une vision plus englobante. Un soutien adéquat aux décideurs et décideuses pourrait inclure des éléments de pensée intégrale, par exemple analyser des situations selon les quatre quadrants de Ken Wilber ou les stades de la spirale dynamique.

Il y aurait à imaginer comment la solidarité évoquée ci-dessus pourrait se manifester: comment les personnes dirigeantes pourraient-elles sentir le soutien de la population? Comment la population peut-elle remonter aux personnes dirigeantes non seulement un avis, mais des informations utiles, en fonction des compétences et connaissances de chacun·e? Comment avoir des boucles de feedback plus rapides entre la population et les élus?

Mise à jour du 14 mai 2026

Le canton du Jura a décidé de proposer une formation à tous ses ministres pour leur donner les compétences nécessaires à leur mission. Ce ne sont que 6 jours, mais c’est un début et cela représente une belle évolution des mentalités (source: Voir l’extrait du téléjournal)

Photo de Tasha Kostyuk sur Unsplash

Une réponse

Tu aimes cet article ?

Teile ihn auf facebook
Teile ihn auf Twitter
Teile ihn per E-Mail

Plus de nouvelles