Votations cantonales genevoises du 28 septembre 2025

Vue de Genève avec le lac et le jet d'eau

Déclaration sur la procédure et l’objectif du commentaire politique

A l’instar des commentaires politiques de PI Suisse pour les votations fédérales, la prise de position de PI Genève est la conclusion d’un processus qui aide à définir des positions intégrales pour les textes soumis à la votation cantonale. Il y est déterminé si un texte représente un pas vers une vision d’une société intégrale, c’est-à-dire fournit une contribution à la transformation de la société, ou si la demande n’est qu’une variante de l’existant qui ne fait que tourner en rond. Le groupe PI Genève porte un jugement sur les textes.

Le résultat de ce processus de réflexion est l’aboutissement d’un état des lieux de la situation actuelle et se traduit par une recommandation de vote intégrale sur la base d’arguments concrets.

L’objectif du commentaire est d’inciter les lecteurices à mener des réflexions similaires, axées sur une vision, afin de tirer leurs propres conclusions. Le but d’une position intégrale n’est pas d’avoir raison, mais de guider les personnes vers une conscience plus éclairée.

Les responsables de cette publication sont: Aïma Andany, Marc Sneiders, François Suter

Les thèmes de vote suivants sont proposés au niveau cantonal le 28 septembre

Notre prise de position concerne uniquement l’IN 180 et la modification de loi 12575, soit les thèmes 4 et 7 ci-dessous.

  1. Initiative populaire 192 « Initiative piétonne : pour un canton qui marche »
  2. Loi modifiant la loi sur la mobilité (LMob) (Contreprojet à l’IN 192)
  3. Question subsidiaire IN 192 ou contreprojet?
  4. Initiative populaire 180 « Pour + de logements en coopérative »
  5. Initiative populaire 194 « OUI, je protège la police qui me protège ! »
  6. Loi modifiant la loi sur la gestion administrative et financière de l’Etat 12574 (Pour préserver les prestations publiques, maîtrisons les charges lors de budgets déficitaires)
  7. Loi sur la gestion administrative et financière de l’Etat 12575 (Pour préserver les prestations publiques, maîtrisons les engagements lors de budgets déficitaires)

4 – Initiative populaire 180 « Pour + de logements en coopérative »

Ce que demande l’initiative

D’ici à 2030, l’Etat de Genève doit faire en sorte que 10% de l’ensemble des logements soit détenu par des coopératives d’habitation sans but lucratif. Il utilise pour cela les moyens déjà à sa disposition (l’initiative ne prévoit aucun nouveau moyen).

Si l’objectif n’est pas atteint en 2030, l’Etat doit établir un nouveau plan pour atteindre cet objectif. Une fois atteint, ce seuil doit être maintenu.

L’Etat collabore avec les communes pour atteindre cet objectif.

Le délai de mise en œuvre des objectifs de l’initiative, fixé à 2030, était soutenable au moment de son dépôt. Le temps pris jusqu’à sa soumission en votation populaire rend maintenant difficile sa tenue.

Vision intégrale de l’avenir:

Un “lieu de vie” est un espace où la vie est pleinement vécue. En particulier, les tensions interpersonnelles peuvent s’exprimer et se résoudre dans la confiance et la sécurité. L’habitat est le cadre d’une communauté soutenante pour chacun·e de ses occupant·e·s. Il offre surtout sécurité et bien-être à tous les êtres humains.

L’habitat est en harmonie avec l’environnement qui l’entoure et permet de vivre le lien indispensable avec la nature.

L’habitat se doit d’être au-delà des questions de propriété ou de location. La communauté qui y vit est la gardienne du lieu, accueillant pour qui s’y présente.

Recommandation de vote: OUI

Le soutien au développement des coopératives d’habitation sans but lucratif va dans le sens de la vision intégrale de comment habiter le monde. PI-Genève recommande d’accepter l’initiative soumise au vote.

Nos réflexions à ce sujet: 

  1. La forme coopérative encourage la création de communautés et remet au goût du jour la notion de communs. Cette remise en lien, notamment à travers la gestion de ressources partagées, nous paraît être une évolution importante et nécessaire au vu des défis auxquels l’humanité fait face (la Terre est notre bien commun à toutes et tous). Elle permet de remettre en équilibre responsabilité individuelle et collective.
  2. Le logement étant un besoin vital, il ne peut pas être soumis à la loi du marché, comme n’importe quel autre bien. La forme coopérative permet de se soustraire à la spéculation financière des opérations immobilières.
  3. A l’heure actuelle, les coopératives n’ont généralement pas les moyens d’acheter elles-mêmes les terrains et doivent s’appuyer sur une mise à disposition par l’Etat. L’Etat aura-t-il les moyens d’acheter tous les terrains nécessaires?
  4. En se limitant à 10% de coopératives, l’initiative laisse une grande variété de types de logements et respecte donc la liberté individuelle.

Requêtes particulières de PI Genève: 

  • Pour que les coopératives d’habitation ne soient pas qu’un simple moyen de lutter contre la spéculation foncière, mais prennent leur pleine dimension d’outils de transformation sociale, il faut non seulement des terrains, mais aussi proposer un accompagnement des collectifs, dans la gouvernance, la gestion des communs, la capacité à accueillir et s’enrichir des conflits interpersonnels.
  • Des idées novatrices, en termes écologiques et sociaux, émergent des différents mouvements coopératifs. Il serait souhaitable de soutenir le financement de certaines de ces idées, afin d’accélérer la transition écologique et sociale, au-delà des contraintes financières habituelles.
  • D’une façon générale, au-delà d’intégrer ces 10% de coopératives dans les nouveaux quartiers pour favoriser la mixité, le lien social et l’harmonie avec la nature, ces éléments devraient être intégrés plus fondamentalement dans tous les plans d’urbanisme.
  • La notion de propriété pourrait être redéfinie, car la Terre “appartient” à tou·te·s ses habitant·e·s. Le concept de communs a été réduit à une chimère par les économistes. Il représente pourtant une voie ancestrale et alternative entre la propriété privée et le socialisme d’Etat. A ce sujet, voir, par exemple, “La renaissance des communs” de David Bollier, téléchargeable gratuitement: https://www.eclm.fr/livre/la-renaissance-des-communs/.

7 – Loi sur la gestion administrative et financière de l’Etat 12575 (Pour préserver les prestations publiques, maîtrisons les engagements lors de budgets déficitaires)

Ce que demande la loi

Cette loi modifie la Loi sur la gestion administrative et financière de l’État (LGAF).

En cas de budget déficitaire, l’Etat ne pourrait pas inclure d’augmentation de postes permanents (mesurée en équivalents temps plein). Le Grand Conseil pourrait autoriser une augmentation des postes dans le budget annuel, dans la même proportion que l’augmentation annuelle de la population du canton, moyennant une majorité de ⅔.

Le corps enseignant serait exclu de cette règle, car les besoins en enseignant·e·s font l’objet de prévisions précises.

Il reste possible pour l’État d’engager des auxiliaires et des agents spécialisés, dont les contrats sont limités dans le temps (généralement, 3 à 4 ans, renouvelables une seule fois).

Vision intégrale de l’avenir:

La vision intégrale dépasse la polarisation entre le secteur public (l’État) et le secteur privé. Traditionnellement, l’État est compris comme responsable du bon fonctionnement social et des infrastructures, tandis que le Secteur Privé est compris comme un espace de recherche de profit financier avant tout. Cette polarisation est appelée à se transformer en une structure sociale et politique mieux adaptée aux graves problématiques actuelles et à leur complexité.

Notre société trouve un équilibre organique dans la diversité des compétences et leur coopération, comparable au fonctionnement des divers organes d’un corps vivant, chacun ayant une fonction spécifique et totalement interdépendante des autres organes. L’harmonie et la santé du système dépendent de la maturité et de la responsabilité de chaque citoyen, sans qu’un organe supérieur ne doive arbitrer cela (comme l’État actuel) et sans que des parties fonctionnent en autarcie sans participer à la santé et au bien-être global (comme plusieurs multinationales actuelles).

La flexibilité et la compétence des institutions dépassent la notion de « étatiques » ou «privées» pour s’orienter vers la réalisation du bien-être général, humain et écologique. Les institutions s’entraident, sont flexibles et adaptables aux crises à résoudre.

L’argent n’est alors plus un but en soi, générateur de peur, mais une ressource capable de soutenir le fonctionnement général et les échanges, générateur de coopération.

Recommandation de vote: abstention

Nos réflexions à ce sujet: 

  1. Cette loi répond en apparence à un désir raisonnable de freiner les dépenses en ressources humaines de l’État, en cas de déficit budgétaire, toutefois, elle n’adresse pas les problèmes de fond et consolide une vision des responsabilités et devoirs de l’État dépassée et inadéquate.
  2. Elle met en évidence un raisonnement focalisé sur une préoccupation purement économique et reste donc partielle, superficielle et sans impact sur les problèmes fondamentaux de notre société et les solutions créatives et complexes que ces problèmes nécessitent.
  3. De plus, l’impact de cette loi semble nul, puisque, depuis la fin des années 1990, le nombre d’employés de l’État et la population ont connu un accroissement corrélé (même en cas d’excédent budgétaire), voir graphique ci-dessous. Ceci étant dit, on ne peut pas considérer cette corrélation comme structurelle, et il est effectivement pertinent de la questionner.
  4. De manière plus générale, la loi pose la question valable de l’accroissement continu des postes permanents de l’État.
Augmentation du nombre d'employés de l'Etat et augmentation de la population

Notes sur le graphique:

  1. le nombre d’employés se réfère à un équivalent temps-plein;
  2. les manières de compter le personnel ainsi que la population ont varié au cours du temps, mais les tendances restent valables;
  3. le nombre d’employés et la population ne sont pas représentés à la même échelle, mais leur accroissement est bien corrélé de manière linéaire.

Requêtes particulières de PI Genève: 

  • Dans la forme actuelle de nos sociétés, l’État joue un rôle important de ciment social, réunissant autour de lui l’immense variété des individus qui composent notre société. Il est aussi le garant de services essentiels pour la population. Malgré cette complexité, Politique Intégrale souhaite que l’État se questionne sur l’utilisation des moyens à sa disposition. Par exemple, la structure rigide des budgets alloués par département ne permet pas de faire face de manière fluide et efficace aux fluctuations des besoins .
  • Politique Intégrale attend de l’État qu’il évalue les outils émergents de l’IA, qui pourraient permettre, dans un premier temps, une plus grande efficacité dans certains domaines, possiblement réduisant le nombre d’employés, mais aussi libérant des ressources pour d’autres secteurs le nécessitant. A plus long terme, ces outils pourraient permettre une coordination plus efficace que celle d’un « organe supérieur ou étatique », soutenant une plus grande horizontalité de la structure sociale collective, et favorisant ainsi une conscience élargie des citoyen·nes.
  • D’une manière plus large, Politique Intégrale souhaite que les lois proposées trouvent leur racines et leur source dans une vision humaniste, collective, confiante dans le potentiel humain à la collaboration. Elle refuse de devoir se prononcer sur des propositions de lois qui n’abordent pas les problèmes de fond et gaspillent temps et ressources précieuses qui devraient être plus judicieusement investies.
  • Politique Intégrale soutient une réflexion politique créative, ouverte et coopérative qui inspire et réunisse les forces vives des vraies « ressources humaines », au-delà de leur valeur économique fictive.

Photo de Meizhi Lang sur Unsplash

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